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Les plus beaux jardins naturels de France, lesquels visiter

Avatar de Anne-Laure Pescheux

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6 min de lecture 5,0 (89 avis)

Il existe en France une tradition de jardin bien différente du classicisme à la française : celle où la main du jardinier se fait discrète, où les plantations suivent le relief plutôt que de le contraindre, et où le sauvage a sa place à côté du cultivé. Ces jardins-là se visitent différemment : on y ralentit plutôt qu’on ne les traverse. Ils sont aussi, pour la plupart, le fruit d’une vie entière : contrairement aux grands parcs classiques dessinés en une seule campagne de travaux, les sept jardins qui suivent ont été façonnés sur plusieurs décennies par une poignée de créateurs qui ont composé avec leur terrain plutôt que contre lui.

Les jardins de Kerdalo, en Bretagne

Nichés dans une vallée des Côtes-d’Armor, les jardins de Kerdalo ont été créés par le prince Peter Wolkonsky à partir des années 1965, sur le principe d’un jardin romantique qui épouse le vallon plutôt que de l’aplanir. Rhododendrons, azalées et camélias s’y déploient en sous-bois, avec un point d’eau en cascade qui structure la visite sans jamais donner l’impression d’un aménagement rigide. Le site est labellisé « Jardin remarquable » par le ministère de la Culture.

Le Domaine de Chaumont-sur-Loire

En Centre-Val de Loire, le Domaine de Chaumont-sur-Loire est connu pour son festival international des jardins, qui renouvelle chaque année des parcelles entières autour d’un thème contemporain souvent tourné vers l’écologie et la gestion naturelle des espaces. Au-delà du festival, le parc historique du domaine, avec ses arbres centenaires et ses perspectives sur la Loire, offre un contrepoint plus classique à ces créations éphémères.

Les jardins d’Étretat, en Normandie

Ouverts en 2017 sur le plateau qui domine les falaises d’Étretat, ces jardins contemporains jouent sur des haies taillées en formes organiques, presque végétales dans leur mouvement, qui font écho aux courbes des falaises voisines. C’est un jardin plus récent que les autres de cette liste, mais qui a rapidement imposé une lecture très naturaliste du paysage littoral normand.

Le Prieuré Notre-Dame d’Orsan, dans le Cher

Ce jardin monastique reconstitué s’inspire des enclos médiévaux, où potager, verger et plantes médicinales cohabitent dans une logique proche de l’autosuffisance plutôt que du décor pur. La structure en labyrinthe végétal et les tressages d’osier qui bordent les parcelles donnent un jardin vivant, où la récolte fait partie du paysage au même titre que les fleurs.

Le Domaine du Rayol, sur la Côte d’Azur

Géré par le Conservatoire du littoral, le Domaine du Rayol, dans le Var, rassemble des jardins méditerranéens organisés par grandes zones climatiques du monde plutôt que par massifs décoratifs classiques. C’est sans doute le jardin le plus radicalement « naturel » de cette sélection : la végétation y est choisie pour sa cohérence écologique avec le climat méditerranéen, pas pour son seul effet visuel.

Le jardin du Vasterival, en Normandie

Près de Sainte-Marguerite-sur-Mer, en Seine-Maritime, le jardin du Vasterival a été créé à partir de 1957 par la princesse Greta Sturdza, qui a passé près de soixante ans à composer un jardin botanique organisé selon les saisons plutôt que selon des massifs figés. Sa réputation tient à sa collection exceptionnelle d’hamamélis, de rhododendrons et de camélias, choisis pour offrir une floraison continue de janvier à décembre, y compris en plein hiver normand quand la plupart des jardins semblent endormis. C’est un jardin qui se visite uniquement sur réservation, en petits groupes accompagnés, ce qui en fait une expérience plus intime que celle des grands domaines ouverts en accès libre.

Le jardin de Berchigranges, dans les Vosges

À plus de 750 mètres d’altitude, dans le massif vosgien, le jardin de Berchigranges a été façonné à partir de 1975 sur un terrain rocheux et accidenté que ses créateurs ont choisi de composer avec le relief plutôt que de l’aplanir. Rocailles naturelles, mousses, fougères et une collection de plantes de montagne s’y déploient en suivant les courbes du terrain d’origine, avec des bassins qui recueillent l’eau de ruissellement naturel. Labellisé « Jardin remarquable », c’est l’un des rares jardins français construits explicitement autour d’un relief difficile plutôt que malgré lui.

Le tableau récapitulatif

Jardin Région Meilleure saison
Jardins de Kerdalo Bretagne Avril-mai (floraisons)
Domaine de Chaumont-sur-Loire Centre-Val de Loire Juin-septembre (festival)
Jardins d’Étretat Normandie Mai-septembre
Prieuré Notre-Dame d’Orsan Centre-Val de Loire Juin-août (potager fleuri)
Domaine du Rayol Provence-Alpes-Côte d’Azur Printemps ou automne
Jardin du Vasterival Normandie Toute l’année (collection hivernale)
Jardin de Berchigranges Grand Est (Vosges) Mai-septembre

Ce qui distingue un jardin « naturel » d’un jardin classique

Le point commun de ces sept sites tient moins à leur région qu’à une même philosophie : laisser le vivant guider la composition plutôt que de plier la végétation à un plan géométrique préétabli. Un jardin classique à la française organise la nature autour d’un axe de symétrie et d’une perspective pensée à l’avance ; un jardin naturel part au contraire du terrain existant — un vallon, une falaise, un rocher — et compose avec lui. C’est aussi le principe qui sous-tend le label « Jardin remarquable », créé en 2004, qui distingue les parcs et jardins ouverts au public pour leur intérêt culturel, esthétique ou botanique, en tenant compte notamment de leur intégration au site et de leur qualité d’entretien (critères du label Jardin remarquable).

Comment organiser la visite

Ces jardins n’ont pas tous le même fonctionnement : certains, comme Chaumont-sur-Loire ou le Domaine du Rayol, accueillent un flux important de visiteurs en accès relativement libre sur de grandes plages horaires, tandis que d’autres, plus confidentiels comme le Vasterival, ne se visitent que sur réservation en petit groupe. Il vaut mieux vérifier les modalités d’accès avant de programmer un déplacement dédié, en particulier hors saison, où certains de ces sites réduisent fortement leurs jours d’ouverture. Mieux vaut aussi prévoir des chaussures adaptées à la marche sur terrain irrégulier : contrairement à un jardin à la française aux allées planes, un jardin naturel suit le relief, avec des pentes, des marches en pierre brute et parfois des passages en sous-bois humide.

Enchaîner deux ou trois de ces jardins sur un même déplacement demande un peu d’organisation, tant leurs régions respectives sont éloignées les unes des autres, mais la logique reste la même partout : venir sans itinéraire minuté, accepter de s’arrêter longtemps sur un seul massif ou une seule cascade, et repartir sans avoir tout vu plutôt que d’avoir tout traversé trop vite.


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