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Corfou : ce qui vaut vraiment le détour au-delà des plages

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On vend Corfou comme une île à plages, et c’est bien dommage : c’est justement ce qu’elle a de moins singulier dans l’archipel grec. Ce qui rend l’île rare tient ailleurs, dans une ville fortifiée qui a changé de maître quatre fois sans jamais se laisser rayer de la carte, et dans un arrière-pays montagneux que la plupart des visiteurs ne voient qu’en photo, depuis le bateau.

Une vieille ville qui ne ressemble à aucune autre en Grèce

La vieille ville de Corfou (Kerkyra) s’étend entre deux forteresses vénitiennes, la Vieille Citadelle bâtie en 1550 et le Fort Neuf construit quelques décennies plus tard. Entre les deux, un lacis de ruelles étroites, les kantounia, ouvre sur des façades italiennes aux volets verts qui n’ont rien à voir avec l’architecture cycladique qu’on associe d’ordinaire à la Grèce. La raison est historique : l’île est restée sous domination vénitienne de 1386 à 1797, avant de passer sous protectorat français puis britannique jusqu’en 1864, date de son rattachement à la Grèce moderne.

Cette accumulation d’influences se lit dans un détail que peu de visiteurs remarquent : le Liston, la longue arcade qui borde l’esplanade centrale, a été construite sous administration française sur le modèle de la rue de Rivoli à Paris. On y boit un café comme à Paris au début du XIXe siècle, avec la citadelle vénitienne en toile de fond.

La vieille ville de Corfou est reconnue comme un exemple exceptionnel de ville portuaire fortifiée de tradition vénitienne, dont l’architecture combine des éléments byzantins, vénitiens, français et britanniques : c’est sur ce critère qu’elle a été inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2007.

L’Achilleion, un palais construit pour fuir la cour

À une dizaine de kilomètres au sud de la ville, le palais de l’Achilleion a été construit à la fin du XIXe siècle pour l’impératrice Élisabeth d’Autriche (Sissi), qui venait y échapper au protocole de la cour viennoise. La décoration, entièrement tournée autour du mythe d’Achille, et les jardins en terrasses surplombant la mer Ionienne, en font une curiosité que la plupart des circuits organisés traitent en visite éclair d’une heure, alors qu’elle mérite largement une demi-journée.

Paleokastritsa et l’arrière-pays montagneux

La côte ouest, autour de Paleokastritsa, alterne criques encaissées et monastère perché sur un promontoire rocheux, avec une vue qui domine plusieurs baies à la fois. Mais c’est en prenant de l’altitude, vers le mont Pantokrátor qui culmine à 906 mètres, que l’île change de visage : oliveraies centenaires, villages de pierre où l’on croise davantage de chèvres que de touristes, et un silence qui contraste avec l’agitation du front de mer en saison.

Kanoni et l’îlot de Pontikonisi

Au sud de la ville, le site de Kanoni offre une vue sur deux îlots emblématiques : Vlacherna, relié à la terre par une jetée, et Pontikonisi, accessible en petit bateau, que la tradition locale associe au vaisseau pétrifié d’Ulysse dans l’Odyssée. Le lieu est photographié à l’excès au coucher du soleil, mais reste étonnamment calme le reste de la journée.

Les villages de l’intérieur, loin de la côte

La côte concentre presque tout le monde ; l’intérieur des terres, lui, reste étonnamment vide de visiteurs. Le village de Pélékas, perché sur une hauteur de la côte ouest, doit sa réputation à un promontoire surnommé le Trône du Kaiser (Kaiser’s Throne), du nom de l’empereur allemand Guillaume II qui venait y observer le coucher de soleil depuis sa résidence corfiote. La vue embrasse en une seule fois la mer Ionienne, la ville de Corfou au loin et, par temps clair, les côtes albanaises. Plus au sud, le village de Sinarades conserve un petit musée du folklore installé dans une maison traditionnelle du XIXe siècle, qui donne un aperçu concret de la vie paysanne corfiote avant l’arrivée du tourisme de masse — un contrepoint utile aux palais et forteresses du littoral.

Une gastronomie qui porte encore la marque vénitienne

La cuisine de Corfou se distingue nettement du reste de la Grèce, précisément à cause de ces quatre siècles de présence vénitienne. Le pastitsada, un ragoût de bœuf ou de coq mijoté dans une sauce tomate épicée servi sur des pâtes tubulaires, ou le sofrito, une viande de veau braisée à l’ail et au vinaigre blanc, doivent leur nom et leur base à la cuisine italienne du nord, adaptée avec des produits locaux. Autre spécificité que peu de visiteurs anticipent : Corfou cultive le kumquat, un petit agrume introduit au XIXe siècle, dont on tire une liqueur locale sucrée et un usage en confiserie qu’on ne retrouve nulle part ailleurs en Grèce. La déguster sur place, plutôt qu’en rapporter une bouteille sans contexte, en dit souvent plus long sur l’île que bien des visites organisées.

Se déplacer sur l’île sans dépendre des excursions organisées

La plupart des circuits proposés depuis les hôtels du littoral se concentrent sur trois ou quatre arrêts photogéniques, en bus climatisé, sans jamais s’attarder. Louer un véhicule, même pour deux jours seulement, change complètement l’expérience : les routes de l’intérieur, sinueuses mais globalement en bon état, permettent de combiner un village de montagne le matin et une crique de la côte ouest l’après-midi, à un rythme qu’aucun circuit collectif ne propose. C’est aussi le seul moyen réaliste d’accéder à certains monastères isolés ou à des points de vue sur le mont Pantokrátor, largement absents des itinéraires standards vendus en bord de plage.

Une île qu’on traverse trop vite

La plupart des visiteurs passent deux ou trois jours à Corfou avant d’enchaîner sur une autre île ionienne. C’est court pour une île qui superpose autant de strates historiques sur un territoire de 58 kilomètres de long. Une semaine permet de partager le temps entre vieille ville, Achilleion, côte ouest, villages de l’intérieur et montagne, sans jamais avoir l’impression de courir après un ferry — et sans réduire l’île à sa seule façade balnéaire.

C’est finalement le même constat qui revient à chaque étape de l’île : ce qui distingue Corfou des autres destinations grecques tient moins à un monument isolé qu’à cette accumulation discrète de couches historiques, du Liston vénéto-français à l’Achilleion autrichien, en passant par les villages restés à l’écart. Prendre le temps de les relier plutôt que de les cocher un par un reste, sur cette île en particulier, ce qui fait vraiment la différence entre un passage rapide et un vrai séjour.


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